A son procès, Christine Boutin appelle la Bible à la rescousse

A son procès, Christine Boutin appelle la Bible à la rescousse LE MONDE | 23.10.2015 à 19h44 • Mis à jour le 24.10.2015 à 10h57 | Par Julia Pascual

Christine Boutin, en octobre 2013, lors d’une « Manif Pour Tous ». THOMAS SAMSON / AFP « Allons, allons, un peu de courage », « Ne tournons pas en rond », « Soyons subtils ! », « Chacun est libre de tenir les propos qu’il veut mais chacun a le devoir de les assumer ! »

En maniant souvent l’ironie et plus encore l’insistance, le président de la 17e chambre correctionnelle du palais de justice de Paris , Alain Bourla, aura voulu pousser Christine Boutin dans ses retranchements. L’ancienne présidente du Parti chrétien-démocrate et ex-ministre était poursuivie vendredi pour incitation et provocation à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle. Les propos visés avaient été tenus dans une interview accordée à la revue Charles, parue le 2 avril 2014, et dans laquelle la pourfendeuse du pacte civil de solidarité (pacs) puis du mariage pour tous juge que « l’homosexualité est une abomination ».

A la barre, Christine Boutin a expliqué ne pas avoir « changé d’avis ». « Mais ceci ne veut absolument pas dire que je condamne les personnes homosexuelles », a t-elle voulu défendre . « Je ne pensais pas blesser avec ce mot. Depuis, je ne l’ai pas redit. » « NOUS NE SOMMES PAS DANS LA SIMPLE EXPRESSION D’UNE OPINION, C’EST UNE STIGMATISATION PUBLIQUE » Christine Boutin est rapidement apparue faible en arguments, se retranchant tantôt derrière l’esquive (« je ne sais pas » ; « je ne répondrai pas à cette question » ; « je peux peut-être m’arrêter ? » ; « je vois bien que vous voulez me mettre en difficulté »), tantôt derrière une rhétorique biblique (ses propos ayant été repris du Lévitique). A contrario, le tribunal a exhumé une liste d’autres déclarations tendancieuses sur le sujet.

Devant une salle d’audience pleine et qui leur était acquise, les avocats des associations parties civiles, l’Inter-LGBT, le Refuge et Mousse, ont pu dérouler leurs plaidoiries. Avant que le parquet ne requière, sans hésiter , la condamnation : « Nous ne sommes pas dans la simple expression d’une opinion, c’est une stigmatisation publique. » Le procureur a rappelé que la loi qui condamne l’incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle ne date que de 2004. « Il n’y a pratiquement pas de jurisprudence, c’est la raison pour laquelle votre décision est attendue », a t-il rappelé aux juges, qui rendront leur décision le 18 décembre.


%d blogueurs aiment cette page :